Alors que je parviens enfin de nouveau à trouver du temps pour lire (moi qui lisais 4 ou 5 livres par mois quand je travaillais et... que je lisais dans les transports en commun parisiens !...), j'ai repris en douceur avec quelques bonbons habituels (Anne Perry, parce qu'on n'est jamais surpris et que ces petites enquêtes sont si plaisantes, dans une ambiance confortable de salon de thé ; Françoise Sagan, parce que là non plus, on n'a pas de mauvaise surprise, que les histoires y sont acides, plaisantes, les sentiments des héroïnes toujours un peu les mêmes, dans une atmosphère branchée des années 60, entre voitures de course et gants de chevreau... ; Emmanuel Carrère, parce qu'il est tellement brillant et tellement centré sur sa personne qu'on finit par avoir l'impression de retrouver un vieil ami...). 

Puis je suis passée à l'actualité (ou presque), avec le troisième tome de L'Amie prodigieuse de Elena Ferrante. J'avais adoré les premiers, leur violence, leur pessimisme, leur féminisme. Une fois encore, je n'ai pas été déçue. Je l'ai dévoré en trois jours, c'était dur, puissant, troublant. Cette écriture qui nous donne l'impression d'être le personnage, de ressentir ses émotions, son malaise. La fin du troisième tome m'a ainsi laissé un goût amer. Le souvenir de mes propres mésaventures, de mes propres malheurs. J'ai mis deux jours à passer à autre chose. Etonnant. 

Et puis, épuisée de toute cette littérature d'aujourd'hui, j'ai décidé de me lancer dans quelque chose que je n'aurais jamais pensé faire : relire tous les classiques que j'avais lus (et aimés) pendant mes années de découverte de la littérature. Parce qu'en fait, voilà des livres qu'on prétend avoir lu mais dont on ne se souvient guère. Lus alors qu'on ne connaissait rien à la vie, rien aux belles lettres non plus d'aileurs ! Pour faire bonne mesure, j'ai repris le tout premier "livre de grand" que ma maman m'avait proposé à la lecture : Au bonheur des dames de Zola.

Et quelle joie ! Je comprends comment je suis tombée amoureuse de la lecture. Je suis entrée dans ce livre hier soir et je n'arrive déjà plus à le quitter. Les descriptions enchanteresses des étalages de soieries, le pathétique de la famille Baudu, les piques cocasses sur la bourgeoisie de l'époque - et qui font encore tellement mouche aujourd'hui ("il était venu occuper une petite place au ministère de l'Intérieur, où il se tenait enfoui, comme une taupe dans son trou") :D

Un immense moment de bonheur. Et qui me donne très envie de continuer dans ma redécouverte des grands classiques de ma jeunesse !

Symphonie Couleur chair et rose de Whistler, qui sonne plutôt pas mal sur l'atmosphère de ce livre...

James Abbott Whistler - Symphonie couleur chair et rose Portrait de Mrs_ Frances Leyland